
Zenman présente Ægidius REX.
L’ordinateur Champion du Monde d’échecs ? Homme vs Machine.
À méditer selon Ægidius REX!!
Suite à la diffusion de la vidéo du diagramme 4 du Fou du Roi, quelques échanges de mails a eu lieu entre Ægidius et moi-même. Pour rappel, Ægidius est attiré par la pédagogie sous quelque forme que ce soit !
Avec éloquence, Ægidius REX nous explique son point de vue. Vraiment un plaisir…c’est vrai que cela va changer des pitreries que j’écris…de temps en temps je suis sérieux, lol !!
À toi la parole Ægidius REX!!
Vous avez bien raison de montrer que le calcul d’ordinateur n’est pas assez puissant dans des cas de ce genre, le calcul pur ne peut rejoindre la pensée que s’il est assez profond dans l’arborescence, bien que de toute façon un calcul ne soit pas de la pensée.
À cet égard, il faut préciser que l’ordinateur ne sera champion du monde que quand il gagnera contre des champions par correspondance, ce qui est loin d’être le cas.
En effet, d’une part, l’ordinateur dispose de toute une librairie d’ouvertures, et d’autre part, sa manière de calculer revient à essayer les coups sur l’échiquier : il est donc bien à égalité avec un joueur par correspondance qui a sa propre librairie, et qui, avant de répondre, essaie les coups sur l’échiquier, le processus est de même nature. Je suis frappé par le fait que cette remarque existe assez peu sur Internet, à savoir que l’ordinateur ne sera vraiment champion du monde que quand il gagnera par correspondance. Il manquera toujours du génie au calcul tant que le calcul ne sera pas assez profond. Or, compte tenu du caractère exponentiel des combinaisons, une arborescence lointaine sera très difficile à envisager. Le champion du monde par correspondance n’est absolument pas inquiété par les meilleurs programmes.
Certes le Champion du Monde d’échecs par correspondance possède sa propre bibliothèque d’ouverture mais franchement, à l’heure actuelle, ne s’aide-t-il pas d’un logiciel d’échecs pour faire comme je dis dans le montage une analyse assistée…..(Dixit Fabrice Wantiez, les mauvaises appréciations ne sont pas si rares mais on peut leur faire confiance pour la tactique et plutôt se baser sur une analyse "assistée" en ce qui concerne la stratégie.)
Il est vrai que dans le jeu par correspondance, on peut utiliser des ordinateurs pour vérifier des variantes. Cela dit, les grands ordinateurs d’échecs ne sont pas comparables, en terme de puissance, aux programmes accessibles au public échiquéen. Le joueur utilise l’ordinateur simplement pour vérifier qu’il n’y a pas une petite arnaque qui lui aurait échappée mais il ne se laissera pas influencer par le choix de la machine qui manquera toujours de génie. La machine ne fait pas de fautes, c’est vrai, mais elle n’a aucun génie ni intuition, si son coup n’est jamais mauvais, elle ne sait pas détecter une position où il y a un raisonnement complexe à opérer, ce qui précisément caractérise le champion d’échecs.
Cela dit, c’est déjà une grande performance que les programmes arrivent à vaincre les meilleurs joueurs devant l’échiquier mais le jeu par correspondance est tout autre, à la limite, ce n’est pas le même jeu. Je crois savoir que le champion du monde par correspondance avait proposé un match par correspondance à Fischer (information à vérifier), ce dernier a évidemment refusé, il sait bien que ce n’est pas du tout le même jeu et qu’on ne gagne plus en tendant en zeitnot ce qu’on appelle des pièges de balayeurs. C’est pourquoi j’insiste sur ce fait, à savoir que les meilleurs programmes perdent par correspondance. Un champion par correspondance avait fait, il y quelques années, une simultanée sur quatre parties contre un des meilleurs programmes mondiaux, l’ordinateur avait perdu trois parties et n’avait pu tirer qu’une seule nulle : score sans appel.
Ægidius Rex pourquoi es-tu attiré par la pédagogie ?
Concernant la pédagogie, j’aime effectivement trouver des raccourcis et exprimer clairement le point fondamental. C’est une sorte de réflexe que j’ai toujours eu. Pour vous expliquer que le calcul rejoint l’idée, je vous proposerai cette position dont j’ignore l’auteur, je cite de mémoire.

L’ordinateur voit immédiatement un mat en trois parce qu’il y a peu de coups. Mais il n’a formulé aucun raisonnement, il a simplement pu explorer la totalité de l’arborescence parce que celle-ci est peu profonde. Le raisonnement consiste à procéder avec des conditions. Si le roi noir était en f4 (admettons qu’il ne soit pas en échec par le fou h6) et si tour n’était pas en prise en d4, alors il serait mat. Bien sûr, cette assertion est aberrante mais elle est vraie. D’où l’idée de se mettre en situation de créer un double échec à la découverte. On joue donc Fç1 ! Les noirs jouent e6 qui est le seul coup et là on joue Td2 pour bâillonner le fou ç1 qui ne contrôle plus la diagonale. Le roi peut et doit aller sur f4, c’est le seul coup. Et là, royal au bar : Td4 mat ! la tour n’est pas en prise puisqu’il y a double échec à la découverte. Mais dans le problème qui vous a interpellé, l’arborescence est énorme, le programme ne comprend qu’il est foutu qu’au moment où l’on joue Rg6, il a été dans l’incapacité de formuler un raisonnement.
Merci pour tout Ægidius Rex pour avoir exprimé votre point de vue et ce fut une véritable passion et un régal de vous lire.
Merci au Fou du Roi de Paris de m’avoir donné l’occasion de faire « la rencontre » d’Ægidius Rex lors de votre concours.
Ægidius Rex: Gilles Louïse sur le site n°1 des développeurs, développez.com.
Ægidius Rex: Sa page perso ETHICA. l'Éthique de Spinoza pour ceux qui n'ont pas peur du latin...
A lire également concernant le nombre de parties d'échecs.....
Le nombre de Shannon
Chinook imbattable aux jeux de Dames c'est pas encore le cas pour le jeu d'échecs...



























2 commentaires:
Hello Gilles, Hello Zenman!
Un petit mot, juste pour dire que je suis d'accord avec l'ensemble de ce qui ce dit ici, mais une chose me chiffonne quand Gilles dit "l’ordinateur ne sera champion du monde que quand il gagnera contre des champions par correspondance". Je ne suis pas d'accord. On qualifie de génie des échecs les Kasparov, Tal, Fischer... Mais il n'est pas dit que ces grands génies aient battus les meilleurs joueurs par correspondance! Loin de là. Jouer par correspondance ou devant un échiquier sont deux choses bien différentes. Devant l'echiquier l'ordinateur est déjà plus fort que les meilleurs joueurs. Rybka par exemple ne joue plus que des parties avec handicap contre de très fort GMI.
Force brute, c'est vrai. Mais bigrement efficace avec un temps de jeu limité.
Cher Marc,
merci de ton commentaire.
Je crois que tu as mal lu mon texte puisque nous disons exactement la même chose.
Aujourd’hui, bien que l’ordinateur vainque les meilleurs joueurs mondiaux devant l’échiquier, il ne gagne pas contre les champions par correspondance car là, il a affaire au vrai génie des joueurs, et non à des imprécisions, quelque infimes qu’elles soient, que même un Grand Maître est susceptible de faire.
C’est pourquoi, je disais que l’ordinateur ne sera vraiment champion du monde que lorsqu’il gagnera contre les champions par correspondance, et notamment, contre le champion du monde par correspondance. Pour l‘instant, il ne gagne que devant l’échiquier du fait d’une rapidité de calcul extraordinaire. Cela dit, ces conditions de jeu sont, de mon point de vue, irrégulières puisque l’ordinateur dispose dans sa mémoire de l’encyclopédie des ouvertures, ce qui n’est pas le cas du joueur. Si d’ailleurs, je devais développer moi-même un programme d’échecs, il n’y aurait aucune librairie d’ouverture, le programme calculerait tout de A à Z.
Nous disons donc bien ensemble que le jeu devant l’échiquier et le jeu par correspondance sont de nature différente, c’est sans doute ce qui explique que Fischer a refusé de jouer par correspondance contre le champion du monde par correspondance, il a parfaitement compris que c’était un tout autre jeu. Et mutatis mutandis, le Random Fischer est encore un autre jeu et je crois savoir (information encore à vérifier) que Kasparov a refusé de jouer un match à ce jeu-là contre Fischer qui le lui proposait, car c’est encore un autre jeu et Kasparov n’a pas voulu faire les frais de cette expérience.
Merci à toi, cher Marc, porte-toi bien, et comme dit ce cher Zenman, mais je te le dis en latin, vis sit tecum.
Ægidius REX
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